Au bout d’un an de sémaglutide, une injection par semaine, le geste n’est plus un événement. Le jeudi soir devient une habitude, comme attraper ses clés en sortant. Le poids a baissé, puis il s’est posé quelque part. Et c’est là qu’une phrase se met à tourner en boucle.
Et maintenant, est-ce que ça tient ?
La question n’est plus de savoir si le traitement « marche ». Ça, la balance l’a déjà dit. Elle est plus fine : en continuant une deuxième année, est-ce que le résultat ressemble à la première, ou est-ce que tout remonte doucement, sans prévenir ?
Pour y répondre, il faut des données sur deux ans. Pas des témoignages, des chiffres. Il en existe, et ils viennent d’un essai appelé STEP 5. Une précision d’emblée : STEP 5 regarde ce qui se passe quand on continue le traitement, pas quand on l’arrête. Ce sont deux histoires différentes, et cet article ne raconte que la première.
Au bout d’un an, la question qui reste
L’erreur la plus facile, à la fin de la première année, c’est de se croire arrivé. Le chiffre visé est là ou presque, les vêtements suivent, et la tête range le traitement du côté des choses terminées.
Sauf que la vraie question commence exactement là. Pas « combien vais-je encore perdre ? », mais « ce que j’ai perdu, est-ce que ça reste ? ». Et une troisième, que peu de gens formulent à voix haute : combien de personnes y arrivent vraiment, au-delà de deux cas bien choisis ?
Une question de cette taille ne se règle pas avec l’expérience d’un proche ni avec une vidéo de trente secondes. Il faut des chiffres venant de personnes réelles, suivies deux ans, mesurées de la même façon du début à la fin. C’est précisément ce que fournit STEP 5.
Ce que STEP 5 a suivi pendant 104 semaines
Reprenons par le début, parce que si on se trompe ici, tous les chiffres qui suivent se déforment. STEP 5 a observé des personnes pendant 104 semaines. Ça fait environ deux ans, mais gardez d’abord le chiffre en semaines : c’est lui qui est mesuré, « deux ans » n’est qu’un arrondi.
La moitié des participants recevait du sémaglutide 2,4 mg, une injection par semaine. L’autre moitié recevait un placebo. Dans les deux groupes, les gens étaient aussi accompagnés sur le mode de vie, côté alimentation et activité. Autrement dit, ce n’est pas « le médicament tout seul » : c’est le médicament posé sur des habitudes, comparé à ces habitudes seules. La nuance change la lecture de tous les chiffres qui suivent.
Le calendrier compte pour comprendre la suite.
| L’essai STEP 5 en bref | Ce qui a été fait |
|---|---|
| Durée suivie | 104 semaines (environ deux ans) |
| Traitement | sémaglutide 2,4 mg, une injection par semaine |
| Montée en dose | 16 semaines, puis dose d’entretien maintenue |
| Après la montée | 88 semaines de plus à cette dose |
| Dans les deux groupes | accompagnement alimentation et activité |
Les seize premières semaines servaient à monter la dose en douceur. Ensuite, les participants restaient à la dose d’entretien de 2,4 mg pendant 88 semaines de plus, jusqu’à la semaine 104. Seize plus 88 : le compte y est. C’est le cœur du sujet, on ne s’arrête pas en route, on continue.
L’objectif principal, fixé à l’avance, portait sur deux choses mesurées à la semaine 104 : le pourcentage de poids perdu, et le fait d’avoir perdu au moins 5 % du poids de départ. Ce cadre enregistré évite de choisir les beaux résultats après coup — on annonce la règle, puis on mesure, jamais l’inverse. Ces données ont été publiées dans une revue à comité de lecture, Nature Medicine, en 2022.
La deuxième année, en moyenne
Voici le chiffre que tout le monde vient chercher. À 104 semaines, la variation moyenne de poids était de −15,2 % dans le groupe sémaglutide, contre −2,6 % dans le groupe placebo. L’écart estimé entre les deux groupes est de 12,6 points de pourcentage.
Il faut lire ces trois nombres sans les mélanger, parce que c’est là qu’on se trompe le plus souvent. Les −15,2 % et les −2,6 %, ce sont les totaux de chaque groupe par rapport au départ. Le 12,6, lui, n’est pas un troisième résultat de poids : c’est la distance entre les deux premiers, exprimée en points. Si vous vous surprenez à additionner les trois, arrêtez-vous — un total et un écart ne vivent pas sur le même axe.
Un total se mesure par rapport au départ ; un écart se mesure entre deux groupes. Deux façons de lire, pas trois poids à empiler.
Un détail saute aux yeux. Le groupe placebo n’était pas revenu à son point de départ : à −2,6 % en moyenne, il avait gardé un petit quelque chose, sans doute grâce à l’accompagnement du mode de vie dont il bénéficiait lui aussi. Mais la différence avec le groupe traité reste nette, et c’est elle qui raconte l’histoire des deux ans. En continuant le sémaglutide, la perte de la première année ne s’était pas envolée.
Combien de personnes ont vraiment gardé le poids perdu ?
Une moyenne peut cacher beaucoup de choses. D’où un autre angle, souvent plus parlant : combien de personnes tenaient encore, deux ans après. Attention, ce chiffre-là répond à une autre question. Il ne dit pas « de combien le poids a baissé », il dit « quelle part des participants était encore à tel niveau ».
À 104 semaines, 61,8 % du groupe sémaglutide avaient gardé au moins 10 % de leur poids en moins, contre 13,3 % sous placebo. Pour une barre plus haute, au moins 15 % de perte maintenue, on était à 52,1 % sous sémaglutide, contre 7,0 % sous placebo.
| Poids gardé en moins à 104 semaines | Sous sémaglutide | Sous placebo |
|---|---|---|
| Au moins 10 % | 61,8 % | 13,3 % |
| Au moins 15 % | 52,1 % | 7,0 % |
Ces seuils sont emboîtés, comme des poupées russes. Les personnes à « au moins 15 % » sont déjà comptées dans « au moins 10 % » : parmi celles qui avaient gardé 10 % en moins, une bonne partie avait même tenu à 15 %. On ne les additionne donc jamais, sinon on dépasserait 100 % — et un groupe de personnes plafonne à 100 %, par construction.
Dans le groupe traité, l’échelle complète allait de 77,1 % de personnes ayant gardé au moins 5 % en moins, jusqu’à 36,1 % en ayant gardé au moins 20 %. Plus la barre monte, moins il y a de monde au-dessus. C’est logique, et c’est justement pour ça qu’une moyenne ne suffit pas à décrire ce qui vous attend. Cette échelle dit ce que la moyenne tait : les résultats ne s’entassent pas sur un point, ils s’étalent.
Une moyenne de groupe n’est pas votre résultat
C’est le passage qu’il vaut mieux lire tôt. Un −15,2 % de moyenne ne veut pas dire « vous garderez 15 % ». Cette échelle des résultats, justement, c’est la preuve chiffrée que les gens ne réagissent pas tous pareil. Certains restaient bien au-dessus de la moyenne, d’autres bien en dessous. Si tout le monde atterrissait au même endroit, il n’y aurait pas d’échelle du tout, juste un chiffre répété.
Une moyenne de groupe décrit un groupe. Elle ne prédit pas votre chiffre à vous.
La génétique, l’alimentation, le point de départ, la tolérance au traitement : tout ça déplace le curseur, dans un sens ou dans l’autre. Les données d’un essai tracent une fourchette réaliste de ce qui est possible en continuant. Elles ne signent pas un contrat individuel.
Ça peut sembler décevant. C’est plutôt rassurant, à bien y regarder. Voir l’échelle entière évite deux pièges : croire que 15 % sont acquis, et paniquer si votre chiffre à vous ne colle pas au titre. La bonne question à poser en consultation n’est pas « est-ce que je ferai comme la moyenne », mais « où est-ce que je me situe, moi, dans cette fourchette ».
Rien de tout cela n’enlève sa valeur au résultat. À 104 semaines, plus d’une personne sur deux tenait encore une perte à deux chiffres, et l’écart avec le placebo est large. Le mois où la balance ne suit pas le titre d’un article ne signale donc pas forcément une faute de votre part : votre courbe se situe peut-être simplement ailleurs dans la fourchette.
Le vrai préalable : ne pas arrêter
Il y a une condition, et on l’oublie vite quand on ne regarde que le beau chiffre. Ces deux ans de maintien reposent sur une chose simple : on continue les injections. Le résultat à 104 semaines, c’est celui de personnes restées à la dose d’entretien de 2,4 mg tout du long.
Ces deux ans reposent sur une condition simple : ne pas arrêter.
Ce n’est pas un détail de protocole, c’est le sujet lui-même. STEP 5 raconte « ce qui se passe si vous continuez », pas « ce qui se passe si vous arrêtez ». Ce que devient le poids à l’arrêt relève d’une autre histoire, avec ses propres données. Ce n’est pas ce que ces chiffres-ci décrivent, et il serait malhonnête de leur faire dire autre chose.
Concrètement, ça change le regard sur le traitement. L’obésité est considérée comme une maladie chronique. Un traitement chronique, on le pense dans la durée, comme on gère une tension ou une glycémie, pas comme une cure de trois mois qu’on referme. Personne n’attend d’un traitement de la tension qu’il agisse encore la semaine suivant son arrêt ; ici, la logique est la même.
En France, s’ajoute une réalité très terre à terre : pour l’obésité, le sémaglutide (vendu sous le nom Wegovy) n’est pas remboursé. Sur deux ans, ce coût entre aussi dans la balance, et mieux vaut le poser dès le départ avec un médecin plutôt que de le découvrir au dix-huitième mois. Est-ce que continuer deux ans, puis au-delà, est le bon choix pour vous ? Ça dépend de votre situation, de votre tolérance, de votre accès au traitement. Ça se décide avec un médecin, pas devant un article.
La sécurité d’abord, puis la conversation avec votre médecin
Avant de parler de durée, il faut parler des limites. Toutes ne sont pas au même niveau, et les ranger dans le même sac serait une erreur : c’est comme ça qu’on finit soit terrifié, soit indifférent. Trois étages, donc.
| Niveau | De quoi il s’agit | Comment on le traite |
|---|---|---|
| Contre-indication absolue | Antécédent de cancer médullaire de la thyroïde, ou syndrome NEM de type 2 | À ne pas utiliser |
| Avertissement | Pancréatite aiguë | Arrêter et prendre en charge si suspicion |
| Effets courants | Nausées, vomissements, diarrhée, constipation | S’atténuent souvent avec le temps |
L’étage le plus haut, ce sont les contre-indications absolues. Un antécédent personnel ou familial de cancer médullaire de la thyroïde, ou un syndrome de néoplasie endocrinienne multiple de type 2, écarte ce traitement. Dans l’information officielle américaine de la FDA, ce risque est signalé au rang le plus élevé, celui de l’encadré (le « boxed warning »). Ce n’est pas une balance bénéfice-risque à peser, c’est une porte fermée. Ce terme appartient au cadre américain : en Europe, c’est la même molécule, mais l’autorisation et les mentions passent par l’EMA, et les détails peuvent différer d’un pays à l’autre.
Un cran en dessous, il y a les avertissements. La pancréatite aiguë en fait partie. Ce n’est pas une interdiction de départ : la consigne est d’arrêter le traitement et de prendre en charge la situation si une pancréatite est suspectée. La nuance compte, « surveiller et réagir » n’est pas « interdit d’emblée ».
Enfin, il y a les effets les plus courants, ceux dont presque tout le monde entend parler : nausées, vomissements, diarrhée, constipation. Le tube digestif proteste, surtout au début et pendant la montée de dose. Ça n’a rien d’anodin quand on le vit, mais ce n’est pas le même registre qu’une contre-indication. Et personne ne prétendra que ce traitement est neutre pour le corps.
Alors, la deuxième année tient-elle ? D’après STEP 5, pour beaucoup de personnes restées sous traitement, oui : une perte réelle tenue jusqu’à la semaine 104, avec une moyenne autour de 15 % sous le poids de départ et plus d’une personne sur deux encore à au moins 10 % en moins. Les réserves méritent de rester visibles plutôt qu’enterrées : la moyenne décrit une foule, pas une réservation à votre nom, et le résultat suppose qu’on ne s’arrête pas.
Tout ça, ce sont des repères, pas un avis médical. Les chiffres cités ici viennent d’essais cliniques publiés et d’articles évalués par des pairs ; ils décrivent des groupes, pas votre cas, et la prescription comme la dose se décident avec votre médecin. Après un an, c’est justement le bon moment pour rouvrir la conversation : où vous en êtes, ce que vous voulez pour la deuxième année, et à quelles conditions.
Sources
Les affirmations de cet article ont été vérifiées à partir des sources primaires ci-dessous.
- PubMed Central (NIH)pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9556320
- ClinicalTrials.govclinicaltrials.gov/study/NCT03693430



